___Je m'appelle Link. Je vis en une modeste chaumière au toit de paille, au beau milieu d'une immense forêt. Les terres sur lesquelles elle se situe constituent la propriété de la famille royale d'Hyrule, avec qui je fus proche durant un grand moment de ma vie. Ces terres, je les ai parcourues, tantôt à pied, tantôt à cheval, bravant tous les dangers, et je les ai sauvées, aussi bien les volcans aux laves ardentes que les hauts pics enneigés, autant les vallées inondées que les déserts arides et brûlants, oui, je les connais toutes !
___Alors que, il y a très longtemps, une force du mal s'empara du royaume d'Hyrule, je m'engageai dans la folle poursuite d'un affreux orque qui avait enlevé celle que j'aimais. Nous étions à ce moment-là à la source de Toal, une sublime source d'eau claire et pure, aux reflets d'or, où nous allions échanger nos v½ux... Soudain surgit sur un énorme sanglier, plus gros encore qu'un taureau, une créature à la peau bleuâtre, répugnante, traînant derrière lui une odeur nauséabonde de chair pourrie. Il me renversa, s'empara d'Iria, puis repartit en direction de la forêt de Firone. Ces bois, car considérés comme dangereux par les anciennes générations du village de Toal à cause de quelque légende futile, étaient défendus à tous les hommes qui ne furent pas armés. Cependant, j'y allai. Ma surprise, je m'en souviens, fut sans aucun doute la plus grande que j'eusse de tous mes périples ! D'ordinaire, la forêt de Firone se sépare du comté de Toal par un ravin sans fond, ainsi qu'une muraille de roche comprenant seulement une étroite ouverture entre deux falaises. Entre ces gigantesques lames grises se dessinent quelques buissons touffus, des sapins aux cimes qui dépassent les nuages, des étendues d'herbe noire s'enfuyant au loin, entre les arbres sombres, tous aussi blafards les uns que les autres. Cette fois-ci, ce n'était pas la forêt que j'apercevais ; à la place, une sorte de mur s'était bâti, tout noir, luisant même, et sur lequel de très fins filaments de couleurs rouge et or se déplaçaient pour former de loin un cercle par-ci, un carré par-là... Ce fut une scène à la fois des plus spectaculaires, et des plus effroyables. Sans réfléchir, je posai ma main sur la muraille. A l'instant précis où mon membre entra en contact avec la surface chaude, mon bras s'enveloppa d'une sorte de liquide visqueux et noir ; qu'était-ce ? Je ne compris rien à ce phénomène. Il faut dire que je n'eus pas vraiment le temps d'y penser ; le rempart bientôt me recouvrit tout entier, en une fraction de seconde, et, sans que je n'eusse repris mon souffle ni poussé le moindre cri, m'aspira violemment
___J'eus l'impression d'avoir été traîné par quelque charrette, comme une de celles que l'on a à la bergerie pour transporter le lait jusqu'au château, et de l'avoir lâchée, dans ne pouvant plus supporter la douleur d'un raclement de mes genoux sur le sol terreux parsemés de cailloux pointus et meurtriers. Je sentis mon corps crouler sous l'effet de la chute. Puis j'ouvris les yeux.
___Où étais-je ? Les sous-bois étaient inondés d'un air ténébreux, lourd, chaud mais glacial en même temps ; je reconnaissais ces arbres, ces fougères, ces fleurs noires ; je ne reconnaissais pas le ciel orangé, sans soleil, sans lune, aux nuages noirs mais pas orageux. Je crois que je ne me suis jamais senti plus désemparé qu'à ce moment-là. Je me trouvais dans la forêt, pourtant ! Oh ! oui, je la connaissais cette forêt de Firone ; j'y avais passé presque toute mon enfance ! Cependant, ceux n'étaient plus les bois de mon souvenir... Ils n'étaient plus pareils... On les aurait dits... Changés.
___Debout sur mes genoux meurtris dans ma chute, je regardais ce paysage avec stupeur, horreur et perplexité. Aucun mot ne vint à mes lèvres. Mon esprit se sentait seulement perdu. Bientôt, les phrases furent remplacées par un cri suraigu, un cri de bête, un cri que je poussa instinctivement. Là non plus je ne compris rien du tout ; une insupportable douleur me déchira le c½ur et le crâne, un pieux enfoncé dans l'un, une hache fendant l'autre ; mes bras tombèrent au sol, devant moi ; mes mains s'ouvrirent en grand, déployant les doigts longs sur la terre froide et humide ; je ferma les yeux pour ne pas voir. Mais je les rouvris presque aussitôt, bien que je n'eusse désiré voir ni n'eus ordonné à mes paupières de se lever. Je sentis alors mon corps changer. Je ne saurais dire comment, je ne pourrais expliquer cette métamorphose, mais ce dont je suis sûr c'est que mon enveloppe corporelle changea. Puis je levai la tête, à la façon d'un animal qui regarde le soleil, et poussa un second hurlement, plus sonore que le premier, et différent aussi ; ce fut un cri de loup en détresse qui retentit dans les feuillages. Que s'est-il passé ensuite ? Je ne m'en souviens pas. Peut-être perdis-je connaissance.
___Quoiqu'il en soit, je me réveillai dans une cellule de prison. En face de moi une grille aux barreaux aussi solides et résistants que le roc. Derrière moi, à ma gauche, ainsi qu'à ma droite, d'épais murs de pierre grise, encrassés par les lichens entretenus par l'humidité. De l'autre côté de la grille, allongé à terre, contre le mur du couloir illuminé par deux lanternes pendues, un petit être difforme semblait m'observer. Jamais je n'oublierai ce regard malicieux et pourtant plein d'attrait. Je voulus l'appeler. Aucun son ne sortit de ma gorge, sinon un grognement étrange. L'être ne répondit point ; il ne s'éveilla même pas. Alors je pensa à m'approcher de la cloison de barres de métal rouillé. Je marchais à quatre pattes, car sans savoir pourquoi, je me sentais bien dans cette curieuse position. Il s'avéra que la chance n'était pas dans la même cellule que moi ; je ne pus avancer à plus d'un mètre de l'endroit où j'avais été déposé. Une chaîne sortant du sol retenait ma patte. Ma patte ?
___Le tintement des maillons résonna dans toute la pièce ; le petit être bâilla. Il venait de surgir de son sommeil profond et de revenir à lui. Il s'avança vers les barreaux mais ne stoppa pas sa marche devant eux ; alors qu'elle allait s'y heurter, la chose se dispersa en une espèce de nuage gris et traversa cette grille, puis les particules gazeuses se condensèrent pour reformer les corps de cette créature. Je ne comprenais décidément plus rien en ce monde...
___La chose était vraiment petite, moins d'un mètre de taille. Elle ne ressemblait pas tout à fait à une personne humaine, ni à un monstre ; ce qui semblait être sa peau la recouvrait entièrement et lui faisait un corps gris, mais un gris foncé, comme les cendres d'un mort mouillées par les larmes de celle qui le pleure, bien que son visage et son poitrail fussent d'un gris beaucoup plus clair, presque blanc. Ses membres étaient courts, si courts qu'elle n'avait pas de pieds, et que ses mains semblaient à peine plus grosses que des boutons de porte sur lesquels on aurait enfoncé une demi-dizaine d'allumettes fines et fragiles. Sur ses cuisses se dessinaient des lignes bleues, décrivant les courbes de son bassin avec une certaine sensualité. Sa tête, elle, m'apparut semblable à celle d'un enfant, du moins dans sa forme. Son crâne d'où pendait une natte de cheveux rouge et or, se trouvait surmonté d'une coiffe pareille à un casque abîmé, qui redescendait juste devant ses oreilles d'elfe, une partie se prolongeant sur l'½il gauche alors caché, et s'élevant au-dessus de son front en deux sortes de cornes pointues et recourbées l'une vers l'autre.
___Ce joli personnage s'éleva en un saut et resta en l'air, comme porté par un nuage noirâtre. Il me lança :
__- Eh bien ! Tu n'es pas très doué !
___Sa voix, trop aiguë pour appartenir à un mâle, me laissa supposer qu'il s'agit d'un être féminin. Il y avait comme un écho dans ses paroles, un peu comme si elle avait parlé depuis quelque endroit éloigné, un écho d'outre-tombe.
Je vais arranger ça, avait-elle repris avec un sourire mesquin.
___Elle claqua des doigts et la chaîne qui me retenait prisonnier à cet endroit sale et ténébreux se rompit aussitôt, tout comme une partie des barreaux de ma cage, créant de cette manière une issue, que je m'empressai d'emprunter. Alors elle m'interpella :
__- Hé ! Où vas-tu ? Tu ne penses tout de même pas que je vais te laisser partir de cette façon ? Je t'ai libéré, je suis ta maîtresse à présent. Regarde-toi, un si bel animal, ça doit respect à son maître !
___En un autre claquement des doigts, elle fit apparaître un miroir entre nous. Je me vis. Je ne compris pas tout de suite. L'image que me renvoyait la glace était celle d'une bête féroce ; un animal posté sur ses quatre pattes, une longue queue couverte de poils gris comme tout le reste du corps, une crinière noirâtre du haut du crâne jusque sur le cou, une tête à la gueule affinée en museau, deux petites oreilles pointues dressées telles des fusils chassant le perdreau, des crocs acérés d'un blanc inquiétant, et des yeux bleu azur, accompagnés d'un regard menaçant. Voilà comment je me vis à cet instant-là. Stupéfait, je reculai d'au moins quelques mètres, jusqu'au mur du couloir.
__- Ça fait un choc, n'est-ce pas ?
___En effet, j'étais choqué, désemparé. Mais dans l'absolu, je ne pouvais me préoccuper d'une guérison à cette maladie inconnue dont j'étais la victime. Tout avait changé depuis que j'étais entré dans la forêt de Firone, alors pourquoi pas moi-même ?
___Donc le petit être et moi nous dirigeâmes, dans des égouts sinistres et puants, vers une sortie qui, à priori, devait nous mener à la surface. Nous trouvâmes cette issue de secours, après un court périple souterrain durant lequel je disposai du temps nécessaire pour m'habituer à mes nouveaux sens de bête. Je pensais que l'orifice que nous avions trouvé dans une épaisse muraille nous amènerait en ville ou mieux encore, sur une plaine. Non. Au lieu de cela, le trou débouchait sur l'intérieur d'une tour que nous dûmes gravir pour retrouver l'air extérieur. La porte de bois pourri donnait sur un rempart du château d'Hyrule.
___Le château étant situé à plusieurs lieues de Toal, je me trouvai totalement stupéfait d'avoir parcouru une si longue distance en aussi peu de temps ! Cependant, ne sachant que faire pour le moment, je décidai de lui faire confiance, à elle. Je devais rencontrer une personne, à ses dires... Elle me guida jusqu'à elle, m'aidant à passer de toit en toit au-dessus des cours du palais, grâce à sa magie invoquée de ses doigts fluets, à éliminer d'énormes oiseaux noirs et agressifs, attaquant leur proie avec leurs serres aiguisées et leurs becs aussi piquant que des pieux.
___Enfin nous arrivâmes à une autre tourelle, opposée à la nôtre. Il semblait faire nuit, malgré les nuages noirâtres aux reflets orangés, et cette haute tour qui se découpait sur un fond de ciel rougeâtre n'inspirait réellement aucune confiance. Cependant, nous pénétrâmes en ses murs. Au sommet d'un escalier en colimaçon se trouvait une chambre vaste et richement décorée. En face de la porte, sur le mur, étaient un somptueux vitrail représentant un aigle rouge, les ailes déployées, et surmontés de trois triangles d'or, assemblés en un seul. Devant cette ½uvre d'art se tenait une personne de taille moyenne, portant un long manteau bleu marine, le capuchon rabattu jusque sur sa figure. Dès que nous entrâmes dans la pièce, elle vola la trouver. Qui était-ce ? Qu'en savais-je ? Je m'attendais à tout comme je n'espérais plus rien désormais, compte tenu de la situation.
___La mystérieuse personne se tourna vers moi et me considéra un moment, de sous sa capuche. Puis elle souleva ce voilà opaque pour découvrir son visage et son front. C'était une femme. Son teint était de neige. Ses cheveux blonds. Ses yeux bleus comme le ciel. A chacune de ses oreilles pendait des boucles rouges, suivies par une série de deux anneaux d'argent de chaque côté. Son front arborait un diadème d'or, scintillant à la lumière de la bougie posée sur une table d'appoint, juste à côté du lit à baldaquin. Elle se présenta comme la princesse Zelda, héritière de la dynastie des Hyrule, famille royale gouvernant le royaume depuis des siècles. Je n'aurais jamais cru la rencontrer, elle, qui devait avoir le poids de tant de responsabilités, cette femme admirable qui se devait droite, fidèle à son peuple, cette fille si jeune, et pourtant mère d'une patrie, commandant d'une armée d'hommes plus âgés, gardienne du règne de la paix sur son monde... Et partout dans en Hyrule, on disait d'elle qu'elle était l'une des meilleures suzeraines qu'Hyrule eût portées. Non pas que ses prédécesseurs eussent été de mauvais monarques ! Mais elle, princesse Zelda, s'était tant impliquée dans le bien-être de ses sujets qu'elle avait pris leurs c½urs à tous. Par ailleurs, je me demandai comment on pourrait ne point aimer une telle personne, une grande dame dont la générosité et la bonté se transmettent en un sourire, en un regard.
___Par la suite, elle me tendit sa main droite, gantée. Elle ôta cette seconde peau de soie fine, douce et luisante pour découvrir une étoile de porcelaine, aux branches fines mais fermes, et sur le dos de laquelle brillait d'une lumière presque éblouissante un petit triangle. On pouvait distinguer là, sur le revers de sa main, les trois même formes que le vitrail portait juste au-dessus de l'aigle. Cependant, sur la princesse, seul le triangle de la partie gauche de la base brillait. Alors elle me fit remarquer que sur ma patte gauche était inscrite la même marque, avec l'unique différence que le triangle brillant sur mon membre était celui de la partie droite.
___Zelda et Midona, car c'était le nom de la petite chose qui m'avait aidé à m'échapper du cachot et à rencontrer la princesse, me contèrent l'histoire d'un monde parallèle à Hyrule : le Crépuscule.
___Lorsque les déesses fondèrent Hyrule, elle créèrent aussi un monde en dehors de celui-ci, afin d'y bannir tous ce qui s'opposeraient à elles. L'un des premiers peuples d'Hyrule avait tenté de duper les dieux avec une magie, pour sûr, bien inférieure aux pouvoirs divins. La sentence pour ce peuple eut alors été l'exclusion à jamais en ce monde de ténèbres. Pourtant, avant d'exiler ces criminels, les déesses prirent grand soin de briser l'instrument diabolique dont usaient ces gens, et d'en disperser les parties en Hyrule. Les dieux avaient aussi chargé les six Sages du royaume du Miroir des Ombres. Grâce à ce mystérieux objet, on envoyait les plus grands criminels du domaine errer en cette dimension inconnue qu'on nomme le Crépuscule.
___Midona ajouta que le peuple que les dieux avaient jadis envoyé en exil dans le Crépuscule était le même peuple dont elle était issue. Ils avaient instauré un royaume, dans ce monde à la base réservé pour la discorde et le chaos, un royaume juste, où le peuple des ombres vivait en paix et en harmonie. Mais un jour, un affreux sorcier du nom de Xanto avait renversé le pouvoir royal et s'était appliqué à régner en tyran sur le royaume des ombres. Désormais, Xanto ne désirait plus borner les limites de son empire au Crépuscule ; il voulait conquérir Hyrule.
___Le matin même, des monstres étranges avaient envahi le palais. Dans la sale du trône, elle et son armée avaient été soumis. Xanto l'avait faite enfermer. Zelda paraissait tendue en racontant cela. Elle souffrait pour son peuple, disait-elle... Une grande suzeraine. Midona nous exposa son idée : retrouver l'amulette utilisée par son peuple jadis à des fins machiavéliques pour vaincre Xanto et libérer d'une même occasion le royaume des ombres et Hyrule. La princesse et moi-même approuvâmes cette idée.
___Par conséquent, Midona, qui était en réalité la princesse du Crépuscule, ce que Zelda et moi n'apprîmes que plus tard, nous nous mîmes à la recherche des fragments de cette amulette mystique. Plusieurs fois, nous fûmes mis en gardes par les esprits de la Lumière d'Hyrule. Mais notre quête était nécessaire pour sauver le royaume de l'influence maléfique de Xanto.
___Durant mes nombreux voyages, j'appris énormément sur moi-même, et notamment sur la marque que je porte sur la main gauche. Il existait jadis en ce monde une place sacrée du nom de Saint-Royaume. En cet endroit, les trois déesses créatrices d'Hyrule avaient caché leurs reliques. Ces reliques se présentaient sous la forme de trois triangles d'or et de lumière, un correspondant à chaque déesse. Une prophétie disait :
___"Ô toi, heureux qui touchera le premier les triangles d'or et de lumière... Souviens-toi de ces paroles. Toi qui auras bravé tant d'épreuves pour arriver jusqu'ici, toi qui auras donné ton sang et ta vie pour ouvrir ces portes, prends garde ! Si tu as un c½ur pur, alors en touchant la sainte relique de la Triforce tu feras connaître à Hyrule l'âge d'or... Mais si ton âme est tourmentée et tes desseins noirs, alors tu n'obtiendras pas le pouvoir divin et la Triforce ne te reviendra pas entière. Seul un fragment te sera donné, les deux autres iront aux élus des dieux."
___Une légende disait aussi que jadis en Hyrule, la prophétie s'était une fois réalisée. Un être vil et perfide s'était amusé de violer le Saint-Royaume des dieux et avait tenté de s'emparer de la Triforce, à la façon d'un brigand qui pille de braves paysans. La relique sacrée avait donc éclaté, comme le dans la prédiction. Le vilain avait alors hérité du fragment de la Force ; une ancêtre de la princesse Zelda, elle avait reçu celui de la Sagesse. Enfin, le troisième et dernier morceau de la Triforce, le Courage, avait été remis à un garçon de la forêt, élu par les dieux pour s'élever au rang de Héros du Temps. Cet homme, ce chevalier, pouvait, dit-on, voyager au travers des âges à sa guise, aidé des six Sages du royaume d'Hyrule et de la princesse de l'époque. Il portait la même marque que moi.
___J'étais donc aussi un élu des dieux et je portais en moi la Triforce du Courage. Et je devais, de même que le Héros du Temps, accomplir ma destinée et sauver Hyrule de l'être maléfique. Cependant, il s'avéra que le véritable mal de notre histoire ne fut pas Xanto le sorcier ; des siècles auparavant, à l'époque du Héros du Temps, le monstre qui avait mis à feu et à sang le royaume, en tant que porteur de la Triforce, n'avait pu mourir complètement lorsque le Héros lui porta un coup fatal. De ce fait, les Sages avaient jugé bon d'expédier ce mal en puissance dans la dimension du Crépuscule.
___Là, Ganondorf, ou tout du moins son âme, avait trouvé Xanto. Se nourrissant de la soif de pouvoir du sorcier, le plus fort puisa la force du plus faible pour recouvrer la sienne. Ganondorf revint ainsi conquérir Hyrule aux côtés de l'usurpateur du Crépuscule. Nous dûmes le combattre aussi, bien qu'il n'eût retrouvé de forme physique qu'après la mort de Xanto.
___Quant à ma forme de loup, Midona, peu à peu, était parvenue à la maîtriser. Grandement aidés les esprits de Lumière, nous découvrîmes que ma métamorphose était due au Crépuscule ; dans ce monde nous autres, Hyliens, ne sommes pas supposer exister physiquement, nous nous transformons donc en âmes. Mais mon cas est différent des autres, pareillement à celui de la princesse Zelda. Afin de subsister en ce sombre univers, les déesses m'ont donné la faculté extraordinaire de devenir un animal au courage infini. Pourtant, je peux aussi exister dans le Crépuscule sous forme humaine, grâce à de minuscules cristaux que Midona appris très rapidement à contrôler ; elle s'en servit pour me métamorphoser tantôt en humain, tantôt en loup.
___Une fois cette longue et pénible quête enfin accomplie, mon devoir étant fait, je me retirai vers ce doux village de Toal vaguer à mes occupations d'antan telles que les chèvres ou la pêche. Depuis, je vis dans une tranquillité à rendre jaloux n'importe quel autre homme ; je suis marié à une charmante dame, la fille de l'ancien chef de Toal, et j'ai un fils ainsi qu'un petit-fils. Mais les années ont passé et le Héros qu'on acclamait autrefois, le fervent serviteur du peuple, n'est plus qu'aujourd'hui un tas d'os et de chair desséchée.
___Je suis malade. Mon mal vient de très loin. De si loin qu'aucun docteur n'a pu l'expliquer. Alors que j'écris ce journal, tenant une magnifique plume rouge et or entre le pouce et l'index de ma main gauche, je me sens faiblir. N'espérons point le miracle ; mon tour arrive. J'ai pris le soin d'embrasser ma femme et de lui déclarer ma flamme encore ce soir. Je me suis préoccupé de mon fils, sa femme, et leur enfant, un gamin aux yeux d'un bleu si profond que l'on s'y perdrait et des cheveux blonds comportant de fascinants reflets dorés. Comme il me ressemble...
___Ça ne sera plus long, non, je le sens. Je sens venir la mort à grandes foulées. Je pose la main gauche sur ma couette de coton, et je la regarde. Aucun doute. La lueur de ma marque brille de moins en moins au fur et à mesure que j'entends la faucheuse approcher.
___J'ai froid. Ma gorge est sèche. J'ai très froid. Mon pouls s'accélère. Je suis frigorifié. Mes oreilles n'entendent plus que le bruit sourd des pas de sa monture. Mais je n'ai pas peur. Je ne crains pas la mort, moi qui l'ai bravé les dieux seuls savent combien de fois. La bougie sur ma commode vient de s'éteindre ; j'écris à présent à la lueur pâle et blafarde de la pleine lune. Je vais mourir, je vais mourir. Pourtant, il me tarde que tout cela s'arrête enfin. Il fait si froid maintenant que j'en tremble.
___Ma vue baisse ; mes yeux doivent se geler. Mon toucher s'est évaporé ; je viens de planter la plume dans l'extrémité d'un de mes doigts et je n'ai rien senti. Mon odorat ne renifle plus ; la forte odeur de renfermé de ma chambre ne me chatouille même pas les sinus. Le goût que j'ai dans la bouche est le plus fade qui puisse exister ; le goût de la fin, le tout dernier, le goût du néant. Il me semble apercevoir une ombre sous la porte. La poignée semble se tourner.
___Elle va entrer. Je n'ai pas peur. Je l'affronterai, elle aussi. Et si je ne remporte pas le combat, tant pis. Etre courageux, ce n'est pas se battre avec frénésie jusqu'à son dernier souffle et faire face aux pires dangers sans penser ; mais c'est surtout oser penser avant de partir au front. Cette plume de feu commence à me lâcher. Adieu.
des Hyrule, famille royale gouvernant le royaume depuis des siècles."